Réflexions sur la propriété

Depuis l’apparition des concepts de logiciels libres avec en particulier Linux (merci Linus Torvalds) au début des années 1990, nous sommes soumis à des réflexions stratégiques entre le concept d’open source et les concepts de propriété industrielles, de copie et de concurrence.

Je me suis donc posé la question de la propriété dans l’absolu.

Pour cela, j’ai imaginé la relation d’appartenance selon les catégories d’objets concernés (y compris les logiciels bien entendu).

Les êtres vivants

Il est de plus en plus clair qu’ils n’appartiennent idéalement qu’à eux-mêmes. Quand je dis de plus en plus clair, celà suggère que l’esclavage humain n’est plus accepté mais il n’en va pas encore de même pour les animaux. D’ailleurs on pourrait se dire dans les deux cas (esclavage humain ou animal) qu’il n’y a par essence pas de propriété des êtres vivants (on ne peut jamais totalement contrôler leur monde intérieur) mais la propriété de leur usage (corps et travail).

En ce qui concerne l’appartenance des enfants à leur parents, il est également de plus en plus clair que le lien qui est nécessaire pour responsabiliser le parent, en vue d’amener l’enfant à l’autonomie, est un lien d’amour et de responsabilité et non pas d’appartenance.

Les éléments naturels

Là commencent les contestations : l’air et le soleil ne sont à personne, mais l’eau, la terre (avec les frontières privées ou nationales) et ses richesses sont accaparés et font l’objets d’enregistrement légaux.

La raison invoqué est généralement le mérite d’avoir découvert, conquis, extrait, pompé ou transformé. La pénurie d’eau potable et les publicités pour les eaux de source nous font souvent réfléchir à la moralité de privatiser cettre ressource essentielle à la vie.

Le fait que nous sommes de plus en plus conscients de notre responsabilité collective à les transmettre en état acceptables aux générations futures nous oblige d’ailleurs à devoir investir de l’argent pour des choses dont nous ne sommes pas directement propriétaires.

Les éléments naturels et les compétences humaines transformés

J’ai cueilli des branches d’osier pour en faire un panier que j’ai vendu au marché. En échange j’ai reçu de l’argent. Nous sommes ici dans un concept de propriété liée à la transformation destinée à un usage. L’acheteur fait usage du panier.

Je suis propriétaire de l’argent du panier et l’acheteur est propriétaire du panier. Cet argent m’est nécessaire et je vais en faire bon usage.

On voit ici que le travail crée de la propriété matérielle retransformée en argent, ce dernier pouvant être retransformé en plusieurs choses :

  • en objets
  • en travail (je me fait faire des paniers par un employé)
  • en service (je me fait soigner ou conseiller)
  • en investissement dans des valeurs (parts sociales d’entreprise, assurance)

En fait la valeur de l’argent n’est que liée à son rôle d’échange. En cas de crise monétaire, sa valeur peut s’annuler alors que les choses qu’il achètent restent valables (si je suis médecin, mes compétences sont toujours valables).

Le logiciel libre

L’intérêt de publier un logiciel libre est de deux ordres :

  • évangéliser un public pour le succès d’une invention, d’une technologie, d’une idée. C’est libre, ça évolue, tout le monde peut y accéder. C’est exhaltant car c’est aussi lié à l’enjeux de reconnaissance en cas de succès.
  • associer des services payants au logiciel (modules, conseils, personnalisation)

Pour le client, c’est également une meilleure garantie de pérennité (récupération des sources, services apportés par les co-développeurs).

Les arts et la culture

Nous sommes dans le monde où la propriété est de plus en plus discutable et floue. Le peintre ne fera de l’argent qu’après sa mort, les livres et les disques ne se vendent plus et la plupart du temps, celui qui se destine à ces domaines voit l’argent et la propriété comme, au mieux, un mal nécessaire.

On sent que les sirènes de la spiritualité invitant à tout partager (« nous sommes tous issus d’une même immanence et à ce titre nous sommes solidaires et co-responsables sur cette planète ») font partie de la nature des hommes d’art. Le but est le message, l’immatériel. Les possessions ne sont que des moyens, pas des buts.

Conclusion discutable

L’homme est depuis la nuit des temps dans une lutte pour la survie. Dans cette lutte, il y a toujours les bons et les méchants. Les méchants accaparent les biens et les vies des gentils.

Les gentils réagissent de deux manières possibles :

  1. je me protège en accumulant le plus possible de biens. Je n’en ai jamais assez et je voudrais me servir de mon argent pour changer le monde en douceur. Je me suis adapté et considérant le monde comme une jungle, je me dit qu’il y aura toujours des méchants. Je participe au système en faisant en sorte d’y trouver confort et protection. Je me dis qu’il faudra tellement de générations pour faire disparaitre la méchanceté que même mes enfants etc…
  2. je déteste tellement les méchants, que je déteste ce qu’ils aiment, c’est à dire les biens et l’argent. Et du coup, je me sent obligé de changer le monde en donnant l’exemple par mon non attachement aux choses matérielles et en dénoncant la perversion du système.

Les méchants m’intéressent moins car ils me paraissent fonctionner comme sous pilotage automatique. Ils ne font qu’obéir à des manipulations obscures liées aux frayeurs de survie de leur tribue, famille, religion ou autre sentiment d’appartenance identitaire le plus souvent.

En conclusion, il me semble que le monde va très vite vers une remise en question du concept d’appartenance, tant dans l’informatique mais aussi dans les services et qu’à terme, il n’y aura que des appartenances liées à des usages intimes :

  • brosse à dent, habits,..
  • journal intime, instrument du musicien, vélo du sportif, jardin potager familial, souvenirs (photos, bijoux)

Tout le reste, pourrait faire l’objet d’une mise à disposition pour l’usage de chacun, avec le droit au toit, à la nourriture, la santé, l’éducation, les transports etc…

La tendance est d’offrir de plus en plus de services gratuits pour attirer des clients et faire monter les actions mais je ne serais pas surpris qu’elle porte en elle les prémices de bouleversements de nos consciences.Les nécéssités actuelles en matière n’économie évolueront probablement pour se focaliser sur les options superflues mais je n’ai aucune idée des détails. A l’objection classique du « si les choses de bases sont gratuites, les gens n’iront plus travailler » j’objecte par un ricannement et laisse les lecteurs en débattre et ajouterai mes nombreuses idées sur la question.

J’ai écris ce post dans le cadre de ce site car il fait la promotion du concept d’open source à travers les produits qu’il propose.